L’inflation reste désespérément forte, malgré les interventions des banques centrales. Un consensus s’est formé parmi les spécialistes : on ne retrouvera des niveaux acceptables qu’après une récession. Pour beaucoup, elle s’accompagnera d’une chute des marchés.
En 2008-2009, les marchés boursiers se sont effondrés, le Dow Jones abandonnant près de 50% par rapport à son point haut d’avant récession. Pour le moment, depuis le début de l’année, le Dow Jones s’est replié de 10% et le S&P 500 de près de 20%. Le Nasdaq des grandes entreprises technologiques est celui qui a subi la plus grosse secousse : – 30%.
Le contexte : l’inflation est persistante.
- La question est donc de savoir si on peut tomber encore plus bas. L’inflation persiste. Malgré la chute des prix de l’énergie, elle reste à des sommets. Pourquoi ? La consommation ne baisse que très peu, le taux de chômage ne remonte pas : la récession n’est pas encore à nos portes.
- Car l’épargne et les liquidités des ménages et des entreprises, accumulées pendant la crise Covid, sont encore bien présentes. Pour certains économistes, les aides-énergie actuelles contribuent à alimenter l’inflation, et donc à court-circuiter les actions des banques centrales.
- Pourtant, tous s’accordent à dire qu’on devra passer par une récession pour calmer l’inflation. Ce qui veut dire que la hausse des taux d’intérêt n’est pas terminée. Et que les taux à long terme vont encore augmenter, plombant les marchés d’actions.
Nouvelle chute des marchés : ce qu’ils en pensent
- Nouriel Roubini, professeur émérite d’économie à la Stern School of Business : celui qui s’est vu attribué le surnom de Dr Doom durant la crise de 2008 n’est pas optimiste. Il voit arriver la tempête parfaite qui combinerait la stagflation et la crise de la dette. Pour lui, les marchés vont encore s’effondrer de 40%.
- Jamie Dimon, PDG de JPMorgan : pour le banquier, « la prochaine chute sera beaucoup plus douloureuse que la première », même si elle sera de la même ampleur, de l’ordre de 20%. Voyant que la banque centrale américaine ne parvient pas à maîtriser l’inflation, il s’attend à ce qu’elle appuie encore plus sur le frein, avec une hausse des taux d’intérêt de 100 points.
- Michael Burry, investisseur à succès qui a parié contre le marché immobilier en 2008, et dont le personnage a fait l’objet du film The Big Short : « Aujourd’hui, je me suis demandé à voix haute si cela pouvait être pire que 2008. Ce que font les taux d’intérêt, les taux de change au niveau mondial, les banques centrales semblent réagir et être en mode CYA », a-t-il déclaré dans un tweet supprimé depuis, en référence à l’acronyme « cover your ass » (protégez votre derrière). Sans en préciser l’ampleur, l’analyste de mauvais augure voit une nouvelle chute arriver, de l’ampleur de l’éclatement de la bulle internet au début du siècle.
- Mohamed El-Erian, conseiller économique en chef d’Allianz : celui qui est aussi le président du Queens College de Cambridge n’est pas aussi pessimiste. Mais il a été l’un des plus critiques sur la politique des banques centrales, trop tardive. En conséquence, elles ont concentré leur resserrement sur un temps très court : « La Fed est tellement en retard qu’elle va probablement casser quelque chose sur le chemin de la réduction de l’inflation. »