La grand-messe pour le Climat rassemble plus d’une centaine de chefs d’Etat et de gouvernement à Charm el-Cheikh, jusqu’à mardi. On sait déjà que Xi Jinping et Narendra Modi, les dirigeants de la Chine et de l’Inde, ne seront pas présents. Joe Biden arrivera lui en fin de semaine, après des midterms qui pourraient affaiblir son pouvoir.
La Chine et l’Inde sont le premier et le 3e plus gros pollueur au monde, avec respectivement près de 30% et 7% des émissions de CO2. Le modèle des COPs, dernier écrin du multilatéralisme, est en danger. L’année 2022 pourrait être celle du recul face à la lutte climatique.
Dans l’actu : Emmanuel Macron appelle les gros pollueurs à être « au rendez-vous ».
- Présent à la COP27, le président français estime que l’Union européenne fait sa part en termes de lutte contre le réchauffement climatique. Macron dit vouloir mettre la pression « sur les pays riches non européens », les appelant à « payer leur part ». « Il faut qu’on ait les États-Unis et la Chine qui soient vraiment au rendez-vous de cette bataille », a-t-il plaidé.
- De son côté, le chef de l’ONU, Antonio Guterres, a choisi comme à son habitude des mots forts : « L’humanité a un choix : coopérer ou périr. C’est soit un pacte de solidarité climatique, soit un pacte de suicide collectif. »
Le détail : les trois plus gros pollueurs ont la tête ailleurs.
- Sauf qu’en l’occurrence, le président chinois Xi Jinping ne sera pas présent sur place, pas plus que Narendra Modi, le Premier ministre indien. Les deux pays sont les deux plus gros pollueurs de la Terre en dehors des États-Unis. Rappelons toutefois que, ramenée au nombre d’habitants, l’Inde n’émet « que » 1,61 tonne de CO2 par habitant, là où la France en émet 4,56, la Chine 6,68 et les États-Unis 14,61.
- Mais cela reste un mauvais signal, car l’Inde a récemment dépassé la Chine en termes de croissance économique et surtout de croissance démographique. Dès l’année prochaine, il y aura plus d’Indiens que de Chinois. La moyenne d’âge y est de 28 ans contre 38 ans en Chine. L’Inde, qui est déjà la 6e puissance économique mondiale, est assurée d’une forte croissance à long terme. Et donc d’émissions de CO2 qui vont aller crescendo.
- Joe Biden, lui, ne débarquera qu’en fin de semaine. Il est bien sûr coincé aux États-Unis pour les midterms, qui doivent recomposer les assemblées législatives du pays. Et il y a fort à parier que les Républicains devraient scorer, mettant des bâtons dans les roues du président démocrate. Or, on sait que le GOP de Trump, n’est pas le plus grand défenseur de la cause climatique.
- Joe Biden a aussi les yeux déjà rivés sur le G20, qui se déroulera à Bali, en Indonésie, après la COP27. Là-bas, pour la première fois depuis la guerre en Ukraine, le président russe Vladimir Poutine et son homologue américain se rencontreront.
Mieux vaut qu’il ne s’y passe rien
L’essentiel : le contexte géopolitique met en danger le multilatéralisme des COPs.
- On voit souvent les COPs comme le dernier lieu du multilatéralisme où tous les dirigeants du monde peuvent discuter d’égal à égal. Mais ce modèle est mis en danger par le contexte géopolitique.
- À commencer par la guerre en Ukraine, qui a débouché sur une crise énergétique. L’Europe doit se passer du gaz russe et opte pour le charbon ou dans le meilleur des cas pour le GNL qui arrive par bateau depuis les États-Unis ou le Qatar. Du GNL, qui, aux États-Unis, est du gaz de schiste libéré par la technique du fracking, non pratiquée en Europe, car trop polluante.
- La crise énergétique actuelle peut aussi avoir du bon. Elle change nos comportements en matière de sobriété énergétique, et elle pousse inévitablement vers le renouvelable, qui n’est pas une énergie de conflit. Avec les investissements colossaux qui sont mis dans la transition énergétique, on pourrait connaitre un pic d’émissions en 2025, estime l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
- Du moins si les pays tiennent leurs promesses, ce qui est moins sûr. « Les COPs sont des machines à déception », estime le chercheur belge François Gemenne, co-rédacteur du rapport du Giec, interrogé par BFM TV. « Car toutes les décisions doivent se prendre au consensus. Si vous êtes un tant soit peu ambitieux pour le climat, vous êtes condamnés à être déçus en permanence. Parce que c’est le moins ambitieux qui gagne. » Il n’est pas difficile d’imaginer la Russie, même en l’absence de Vladimir Poutine, mettre des bâtons dans les roues des pays occidentaux.
- Pour la Chine, c’est bien sûr son mano a mano avec les États-Unis qui est au cœur des préoccupations. La guerre commerciale entamée par Donald Trump n’a certainement pas été assouplie par son successeur Joe Biden. Les deux super-puissances sont en course pour la première place.
- « Avec la Chine et les États-Unis, la main droite défait ce que la main gauche a créé », explique Gemenne. « Mais on sous-estime les montants investis par la Chine dans le renouvelable et dans le transport électrique, ça avance à une vitesse absolument stupéfiante et bien plus rapide qu’aux États-Unis. Mais dans le même temps, la Chine continue de construire des centrales à charbon pour fournir de l’énergie à sa population. »
- Le danger est la désunion sur la cause climatique : « Le plus inquiétant, c’est que depuis 2014, la Chine et les États-Unis avaient un partenariat stratégique sur le climat, pour avancer ensemble, en dehors des tensions géopolitiques. La Chine a très peu apprécié que Nancy Pelosi se rende à Taïwan cet été, et a décidé de suspendre ce partenariat. La bulle de protection a explosé. »
- Si bien que pour cette COP27, le plus grand gain serait peut-être qu’il ne s’y passe rien, selon le chercheur, de peur de défaire ce qui a été acquis lors des conférences précédentes.