Par Amine Messal, Juliette Hurier, Mathilde Lebon, Carl du Jeu
Chers décideurs,
Nous, Jeunes Délégués engagés au sein du Youth7 (groupe d’engagement du G7 dédié à la jeunesse) avons un plan pour vous. Cette feuille de route reflète les intérêts de notre génération et la solidarité que nous souhaitons voir advenir, au-delà des priorités court-termistes. Nos motifs d’indignation sont nombreux et nous rejoignons celles et ceux qui continuent de refuser l’indifférence. L’espoir chevillé au corps, nous portons la voix de la jeunesse jusqu’à vous, décideurs du G7 réunis du 19 au 21 mai à Hiroshima, au Japon.
Nous avons vu depuis nos téléphones, sur nos réseaux sociaux, défiler les vidéos d’Ukrainiens de notre âge fuir un pays en guerre. Conscients des dommages durables dont notre génération pourrait hériter, nous vous demandons d’inclure la jeunesse au coeur des processus de paix. Sans dénier la gravité des autres conflits dans le monde, nous condamnons l’agression russe, et refusons le climat de violence qu’elle tente de nous imposer.
Nous avons vu le gaz fossile devenir une arme de guerre commerciale, au service de projets belliqueux et au détriment des plus modestes. La paix ne saurait perdurer dans un contexte de dégradation environnementale croissante. Désormais, se départir des combustibles fossiles est devenu un enjeu de sécurité.
Nous avons vu un ministre de l’Etat insulaire des Tuvalu s’adresser à l’assemblée de la COP26, l’eau jusqu’aux genoux, pour alerter sur la montée du niveau des mers. Pourtant, la compétition économique reste une prime au vice empêchant l’action climatique. C’est pourquoi, nous vous exhortons de rejoindre l’initiative lancée par le Vanuatu en 2021 : signez le traité de non-prolifération des énergies fossiles. A travers lui, planifions une sortie collective des hydrocarbures, dans laquelle l’expérience acquise localement pourra guider la décarbonatation globale, par la diffusion d’expériences positives dans un contexte de coopération, sans que les intérêts nationaux ne puissent entraver l’action.
Lire aussi :
Climat : les cinq prochaines années seront les plus chaudes de l’histoire de l’humanité
EXCLUSIF – Le gouvernement veut créer un plan d’épargne climat pour les jeunes
Nous avons vu durant la pandémie, la fracture se creuser entre nos pays et les nations les moins développées. Vous avez une responsabilité immense dans le soutien économique et financier des pays ne disposant pas des outils nécessaires pour faire face aux crises actuelles.
Nous avons vu, et nous déplorons, que des acteurs économiques planifient encore des exploitations prédatrices. Malgré un appel international à la vigilance de la part de plusieurs centaines de scientifiques, l’exploitation minière des fonds marins est actuellement envisagée comme un moyen de répondre à la demande grandissante de métaux. Nous vous demandons de bannir cette pratique avant même qu’elle ne débute, afin de sanctuariser les fonds marins qui abritent une biodiversité multimillénaires, fragile, et encore mal étudiée.
Nous voyons aujourd’hui se développer les capacités de l’ intelligence artificielle à un rythme sans précédent, avec peu de visibilité sur ses effets socio-économiques et environnementaux. Relativement à l’ensemble de la population, les jeunes Français sont moins favorables à l’arrêt du développement de l’IA, mais plus favorables à sa régulation. C’est pourquoi, nous vous appelons à réguler la production et l’utilisation de l’IA, à travers des outils de démocratie multipartite pour définir des mécanismes de contrôles éthiques et équitables.
Il est également temps que la responsabilité des acteurs économiques s’impose comme une nécessité. Afin de favoriser une économie soutenable et résiliente, nous appelons à renforcer le devoir de vigilance des acteurs économiques, à promouvoir des modèles sobres et circulaires, ainsi qu’à diversifier nos chaînes d’approvisionnement. La redondance de ces chaînes, ainsi que la réduction de leur impact sur la biosphère et les droits humains doivent constituer une priorité absolue. Quelle utilité peuvent bien avoir des richesses dont le processus de production sera responsable de leur propre destruction ?
Il est temps que soit reconnu à sa juste valeur l’impact social des activités rendues invisibles par des indicateurs de richesse aussi obsolètes que le PIB. C’est pourquoi, nous souhaitons que la santé soit placée au coeur des décisions d’investissement. Par ailleurs, nous attirons votre attention sur l’inégal accès aux outils financiers : il nous faut soutenir équitablement toutes les formes d’entrepreneuriat, en particulier dans l’ économie sociale et solidaire. Quel sens peuvent bien avoir les critères ESG des grandes firmes lorsque disparaissent les structures coopératives, locales, ou artisanales, qui en sont pourtant la meilleure illustration ?
Il est aussi temps que les femmes ne soient plus inquiétées en raison de leur condition. Nous en appelons à votre raison : établissons un programme décennal de lutte contre les violences systémiques à l’égard des femmes et les inégalités de santé entre les sexes. Quel avenir pouvons-nous espérer en maltraitant la moitié de l’humanité ?
Notre message à vous, dirigeants, est celui d’une indignation lucide et d’un espoir acharné. Nous grandissons entre les rapports du GIEC, une pandémie et l’emballement technologique. Les scientifiques vous ont donné leur savoir, et la jeunesse du monde entier engagée au Y7, en vous montrant qu’elle est prête, place en vous son espoir.
Le Y7, groupe officiel d’engagement du G7 dédié à la jeunesse, a formulé 44 propositions à l’attention des chefs d’Etat et de gouvernement et présenté ses travaux le 13 avril 2023 Premier ministre japonais Fumio Kishida.Y7
À noter
Les Jeunes Délégués français sont recrutés, formés et financés par l’Institut Open Diplomacy, think tank français dont l’objectif est de créer les conditions d’une paix durable et d’un futur désirable pour les générations futures. Chaque année, ils participent aux plus grands sommets internationaux pour alerter les décideurs sur les préoccupations de la jeunesse. En avril dernier, la délégation Y7 a remis ses propositions au Premier ministre japonais.
Amine Messal, Juliette Hurier, Carl du Jeu, Mathilde Lebon, délégués français au Y7 de Tokyo (2023)