Notre environnement est saturé de produits chimiques ; ce n’est ni une nouveauté ni une révélation, mais on découvre régulièrement à quel point ils sont omniprésents, jusqu’au plus profond de notre organisme. Parmi eux, les microplastiques, retrouvés jusque dans nos vaisseaux sanguins, mais aussi des substances qualifiées de « produits chimiques éternels ».
Nommées substances per- et polyfluoroalkylées, et plus communément désignées sous l’acronyme de PFAS, il s’agit de produits chimiques synthétiques à longue chaîne avec des liaisons carbone-fluor si fortes qu’elles sont considérées comme – quasiment – impossibles à rompre sans un effort considérable, d’où leur surnom de « substances éternelles ». Leurs propriétés hydrofuges et anti-graisses en ont fait des agents antiadhésifs et imperméabilisants efficaces dans diverses industries, mais les inquiétudes s’accumulent sur leur toxicité potentielle pour l’environnement comme pour la santé humaine. Des craintes qui ont motivé l’interdiction de certaines de ces substances, considérées comme potentiellement cancérigènes, mais, année après année, celles-ci continuent de nous hanter avec leur capacité phénoménale à ne pas se dégrader et à rester présentes dans l’environnement – jusque dans l’eau des pluies, révélait une étude récente.
Une méthode propre et douce
Mais on a peut-être trouvé, si pas la panacée, du moins un début de solution. Une équipe de scientifiques a découvert un moyen simple et peu énergivore de décomposer l’un des plus grands groupes de PFAS, rapporte Science Alert. L’équipe a mis au point un processus à faible énergie qui dégrade les produits chimiques PFAS à des températures douces, en utilisant des réactifs peu coûteux et en ne laissant que des molécules inoffensives contenant du carbone et des ions fluorure. Cette recherche, menée par Brittany Trang, chimiste des matériaux à l’université Northwestern, consistait à cibler un groupe d’atomes d’oxygène chargés à l’extrémité des molécules de PFAS.
« Cela a déclenché toutes ces réactions et a commencé à cracher les atomes de fluor de ces composés pour former du fluorure, qui est la forme la plus stable de fluor », explique William Dichtel, professeur de chimie à l’université Northwestern, lors d’un point de presse. « Bien que les liaisons carbone-fluor soient super solides, ce groupe de tête chargé est le talon d’Achille. La connaissance fondamentale de la façon dont ces matériaux se dégradent est probablement la chose la plus importante qui ressortira de cette étude. »
En utilisant des simulations informatiques pour démêler la cascade de réactions chimiques complexes et confirmer que les sous-produits étaient relativement inoffensifs, l’équipe est convaincue d’être sur une bonne piste. Une fois déstabilisées, les molécules ont été dépouillées de presque tous leurs atomes de fluor. Un changement de taille alors que, jusqu’à présent, on ne savait pas trop que faire de ces particules après les avoir récupérées, par filtration des eaux potables par exemple. De fortes chaleurs pouvaient les désagréger, mais le procédé s’avérait bien trop énergivore.
Encore faut-il les attraper
Si les résultats de cette étude se révèlent très prometteurs, il ne s’agit toutefois que d’un premier pas vers la résolution du problème des produits chimiques éternels. Car les PFAS sont omniprésents, et avant d’envisager de les éliminer, il faut encore les capter efficacement. Or, plusieurs organismes chargés de la surveillance des taux de produits chimiques dans l’environnement, dont la Environmental Protection Agency américaine (EPA), ont relevé à plusieurs reprises les taux de PFAS considérés comme inoffensifs pour la simple raison qu’elle en trouvait énormément, et absolument partout. Ailleurs, en Suède par exemple, la moitié des eaux potables municipales étudiées dépassaient les niveaux de sécurité.