Vous avez peut-être remarqué ces dernières semaines quelques titres spectaculaires dans les journaux et sur les sites d’information, allant de « La grande étude sur l’alcool : pourquoi il vaut mieux ne pas boire du tout avant 40 ans » à « Pour les personnes de moins de 40 ans, chaque verre d’alcool met leur vie en danger ». Pour de nombreux amateurs de vin, en particulier ceux relativement jeunes, cela peut sembler inquiétant. Mais l’étude à l’origine de tout cela décrit des résultats bien plus complexes, malgré ces titres sensationnalistes. Et ses auteurs nuancent également leur propos ; ils indiquent clairement que l’étude ne doit pas être appliquée directement aux choix individuels en matière de consommation d’alcool.
Cette nouvelle étude ambitieuse a donné lieu à une vague de titres sensationnels suggérant que les personnes de moins de 40 ans devraient éviter complètement l’alcool. Mais celle-ci, qui a examiné 30 ans de données sanitaires provenant de plusieurs pays, brosse un tableau complexe : les chercheurs ont bien constaté que les personnes de moins de 40 ans qui boivent sont plus susceptibles d’adopter des comportements à risque, ce qui augmente également leur risque d’accidents, de blessures et de décès. Mais pour les personnes de plus de 40 ans, dont les principaux risques pour la santé sont les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et le diabète, une consommation modérée d’alcool présenterait des avantages.
L’étude a été menée par des dizaines de chercheurs via l’Institute for Health Metrics and Evaluation et leurs travaux ont été financés par la Fondation Bill et Melinda Gates, et publiés en juillet dans la revue médicale The Lancet. Ils ont analysé les données d’une étude de 2020 sur la charge mondiale des maladies, des blessures et des facteurs de risque (GBD). Le vaste champ d’application de l’enquête GBD a permis aux chercheurs d’analyser les causes de décès liées à l’alcool chez les personnes âgées de 15 à 95 ans dans 21 régions géographiques entre 1990 et 2020.
La principale conclusion de l’étude est que les jeunes sont les plus exposés aux décès liés à l’alcool ….
Une précédente étude du Lancet portant sur les GBD en 2016 a conclu qu’aucune consommation d’alcool n’est sans danger. Cela a provoqué une réaction négative : d’autres chercheurs ont mis en avant des études qui ont établi un lien entre la consommation modérée d’alcool, et notamment de vin, et une meilleure santé.
La nouvelle étude diffère des précédentes en se concentrant sur les « taux de fond de la maladie ». Les effets de l’alcool sur la santé d’une population donnée dépendent de l’état de santé général de celle-ci, donc de l’âge de cette population (les personnes âgées, par exemple, sont plus susceptibles de souffrir de maladies cardiovasculaires) et du lieu (les habitants de certaines régions sont plus sujets à des maladies telles que la tuberculose).
Cette orientation constitue la base des principaux résultats de l’étude : les jeunes sont les plus exposés à la mortalité liée à l’alcool à la suite de blessures, y compris les accidents de voiture, la violence interpersonnelle, les blessures non intentionnelles et l’automutilation. En raison du risque accru de blessure chez les jeunes lorsqu’ils consomment de l’alcool, leur « équivalent non-buveur » – la quantité de consommation d’alcool à laquelle le risque d’un buveur est égal à celui d’un non-buveur – est presque nul, selon les auteurs.
Les plus de 40 ans qui consomment des quantités modérées d’alcool ont une meilleure santé générale
Les personnes âgées, en revanche, sont beaucoup moins enclines à ce genre de blessures, mais elles sont plus sujettes aux maladies cardiaques, aux accidents vasculaires cérébraux et au diabète de type 2. Comme il est prouvé qu’une consommation modérée d’alcool offre une certaine protection contre ces maladies, les personnes de plus de 40 ans qui boivent dans des quantités modérées ont une meilleure santé générale que les non-buveurs.
Toutefois, l’étude a également montré que les personnes de moins de 40 ans peuvent boire un peu plus d’un verre de vin par semaine avant que leur risque n’augmente par rapport aux non-buveurs. Il n’y avait pas de différence statistiquement significative entre les hommes et les femmes en termes de risque ; les chercheurs suggèrent donc que les responsables de la santé publique mettent l’accent sur l’âge, plutôt que sur le sexe, lorsqu’ils émettent des directives.
La nouvelle étude ne contredit pas les recherches antérieures liant la consommation modérée d’alcool à certains avantages pour la santé, comme cela a été largement rapporté. Elle souligne plutôt que les risques et les avantages de l’alcool diffèrent en fonction de l’âge et de la situation géographique de la personne. « Dans les groupes d’âge où les maladies cardiaques, les accidents vasculaires cérébraux et le diabète de type II sont les plus fréquents, nous constatons les avantages de la consommation d’alcool », avance Emmanuela Gakidou, autrice principale de l’étude et professeure à l’Institute for Health Metrics and Evaluation de la faculté de médecine de l’université de Washington. « Chez les jeunes, le risque relativement élevé de blessures liées à l’alcool a conduit à un seuil extrêmement bas pour des niveaux non dangereux de consommation d’alcool. »
Il n’est pas obligatoire d’amener les jeunes à réduire considérablement leur consommation pour améliorer les résultats en matière de santé
Mme Gakidou admet qu’il est extrêmement difficile de modifier les comportements individuels, notamment chez les jeunes. « Encourager une consommation modérée est peut-être plus réaliste », dit-elle. Mais il n’est pas nécessaire d’amener les jeunes à réduire radicalement leur consommation d’alcool pour améliorer sensiblement les résultats en matière de santé : « Il existe certainement des preuves que si vous pouvez prévenir les blessures et les accidents, une grande partie des dommages associés à l’alcool disparaîtra à un plus jeune âge. » Celle-ci cite des pays qui ont adopté des lois strictes contre l’alcool au volant et qui ont considérablement réduit le nombre de décès accidentels. Dans un autre cas, le maire d’une ville de Colombie a constaté que le taux de meurtre culminait les jours de paie ; il a obligé les bars à fermer plus tôt ces jours-là et a obtenu une baisse remarquable du nombre de morts.
Gakidou souligne également que les données du GBD sont nombreuses, mais qu’elles ne font pas apparaître de nombreux autres facteurs. « Nous ne disposons pas de beaucoup de données sur la consommation cumulative d’alcool », dit-elle, c’est-à-dire sur la question de savoir si une consommation modérée constante tout au long de la vie offre ou non une protection accrue contre certaines maladies pendant la vieillesse. Elle souligne également que les chercheurs ne disposaient pas de données suffisantes pour distinguer les effets des différents types d’alcool sur la santé – un point particulièrement important, car des études ont montré que les buveurs de vin sont généralement en meilleure santé que les buveurs de bière et de spiritueux.
« De toutes les études que j’ai publiées, celle-ci a rendu ma mère heureuse »
« Nous avons essayé de ne pas faire de recommandations individuelles parce que chaque personne a son propre profil de santé, y compris éventuellement d’autres conditions sous-jacentes qui peuvent compliquer les recommandations de boire ou de ne pas boire. Les personnes devraient vraiment consulter leur médecin lorsqu’il s’agit de leur propre consommation. »
Elle souligne également que « surtout pour les personnes âgées », une consommation modérée d’alcool peut « absolument » faire partie d’un mode de vie sain et équilibré. « De toutes les études que j’ai publiées, celle-ci a rendu ma mère la plus heureuse », plaisante-t-elle. Bien qu’elle souligne que certaines personnes âgées doivent éviter l’alcool en raison de certaines conditions ou de certains médicaments, son message général aux buveurs âgés est simple : « Si vous voulez prendre un verre ou deux, ou même trois, ne vous sentez pas coupable. » Elle conseille aux jeunes qui choisissent de boire de « consommer l’alcool avec modération et de ne jamais faire de beuverie ». « Si nous éliminons la consommation excessive d’alcool chez les jeunes, cela aura déjà d’énormes avantages pour leur santé », déclare-t-elle.
MB