Les marchés financiers n’ont plus que deux mots en tête : taux d’intérêt et récession.
Taux d’intérêt
- « En finance, les taux d’intérêt sont comme la gravité. Ils tirent tout vers le bas », a déclaré à plusieurs reprises le stratège boursier Philippe Gijsels (BNP Paribas Fortis) en faisant la comparaison. Au cours des dernières années, ces taux d’intérêt étaient pratiquement nuls et de nombreux actifs, notamment les actions et les biens immobiliers, ont pris de la valeur. Comme ces taux d’intérêt ont augmenté à grands pas au cours des derniers mois, la correction des marchés boursiers était inévitable.
- Ces derniers jours, la Banque centrale européenne, la Réserve fédérale et la Banque d’Angleterre ont ajouté à cette liste, en relevant chacune leur taux directeur de 75 points de base. Et ce qui rend les investisseurs encore plus inquiets, c’est que les banques centrales ont également laissé entendre que de nouvelles hausses de taux étaient en vue.
- La grande question est de savoir quelle sera l’ampleur de ces étapes. Jusqu’à récemment, on pensait que la BCE passerait à la vitesse inférieure lors de la prochaine décision sur les taux d’intérêt en décembre et ne relèverait les taux que de 50 points de base, après deux hausses consécutives de 75 points. Mais comme l’inflation de la zone euro ne parvient pas à se calmer, il y a de plus en plus de chances que la présidente, Christine Lagarde, et ses collègues optent pour une nouvelle hausse de 75 points.
- Les investisseurs ne veulent pas seulement savoir à quel point le taux d’intérêt maximal sera élevé, mais aussi combien de temps cela prendra. Le président de la Fed, Jerome Powell, les a effrayés en suggérant que les hausses de taux supplémentaires pourraient bien s’étaler sur une période plus longue que celle imaginée. Il a qualifié de « prématurés » les scénarios visant à interrompre la hausse des taux d’intérêt.
- Ainsi, on ne sait toujours pas quand le « pivot », c’est-à-dire l’inversion de la politique des taux d’intérêt ou du moins la fin des hausses, se manifestera. Et d’ici là, la gravité continuera de peser sur les cours des actions, a souligné M. Gijsels.
Récession
- Les hausses de taux d’intérêt encouragent paradoxalement le scénario économique que tout le monde préférerait ne pas voir se produire : une récession. Après tout, des taux d’intérêt plus élevés rendent les emprunts plus coûteux pour les consommateurs et les entreprises, et ralentissent donc davantage une économie déjà en difficulté.
- Certains critiques considèrent donc que les hausses de taux d’intérêt ne sont pas le bon remède contre la hausse des prix, car l’origine de l’inflation est la hausse des prix de l’énergie, et la BCE ne peut rien y faire de toute façon. Mais, selon Francfort, les hausses de taux d’intérêt sont nécessaires pour donner un ancrage aux anticipations d’inflation dans l’économie au sens large et empêcher le poison de l’inflation de se propager davantage et de devenir complètement incontrôlable.
- La présidente de la BCE, Christine Lagarde, a déclaré cette semaine de manière laconique « qu’une légère récession ne suffira pas à dompter l’inflation ».
- Est-ce un vœu pieux ? En tout cas, l’expression « légère récession » est évoquée par plusieurs responsables politiques – dirigeants gouvernementaux et banquiers centraux – et récemment par la Banque nationale.
- Ils espèrent que l’ampleur et la durée de la crise économique seront limitées. Et comme les taux d’intérêt seront très élevés dans quelques mois, les banques centrales pourraient donner une impulsion supplémentaire à l’économie et aux marchés boursiers en réduisant les taux d’intérêt à ce moment-là.
- Mais il y a aussi des observateurs qui s’attendent à une « tempête parfaite », avec une longue période de malheur pour l’économie et les marchés boursiers.
- Un scénario sombre de la Banque d’Angleterre prévoit huit trimestres de contraction économique pour le Royaume-Uni, jusqu’en 2024, ce qui constituerait la plus longue récession depuis la Seconde Guerre mondiale.
Conclusion : un dilemme pour les banquiers centraux
- La BCE, la Fed et la Banque d’Angleterre pourraient être confrontées à un dilemme extrêmement difficile au cours de l’année prochaine : qui de l’inflation ou de la croissance économique est la plus importante ?
- Pour les banquiers centraux comme Christine Lagarde, leur réputation personnelle est également en jeu : parce que les banques centrales ont trop longtemps tergiversé sur les hausses de taux en 2022, leurs politiques anti-inflationnistes se sont soldées par un échec total. S’ils ne parvenaient pas non plus à éviter une profonde récession en 2023, leur crédibilité serait complètement anéantie.