Avec l’inflation toujours élevée aux États-Unis et la Fed qui est loin d’arrêter ses hausses des taux d’intérêt, on pourrait être amené à penser que le dollar est encore loin d’avoir atteint son pic, au détriment d’autres monnaies. Mais Goldmans Sachs nuance : d’autres éléments laissent penser le contraire.
L’euro vaut moins d’un dollar, il faut 150 yens pour un dollar et 7,3 yuans pour un dollar. Malgré les avantages qu’une monnaie forte peut avoir, il y a aussi des désavantages. D’un côté, la vie de ceux qui doivent acheter des produits en dollars, comme le pétrole, devient plus chère, mais de l’autre, cela peut plomber les exportations des États-Unis, et impacter les entreprises avec une exposition internationale.
L’essentiel :
- Le dollar est à son plus haut en vingt ans, notamment grâce aux hausses des taux d’intérêt de la Fed, décidées plus tôt et plus fort qu’ailleurs, pour faire face à l’inflation. Or, l’inflation est toujours élevée, et la Fed va continuer à augmenter les taux d’intérêt… le dollar devrait donc continuer à s’envoler, peut-on raisonner.
Dans l’actu :
- Ce n’est pas si simple que cela, note Goldman Sachs dans un rapport publié à la fin de la semaine passée et consulté par Business Insider. Les analystes estiment qu’il est vrai que dans cette situation, le dollar continue en moyenne d’augmenter. Il atteint son pic lorsque le taux de croissance mondiale touche le fond et que la Fed commence à réduire les taux d’intérêt, ce qui n’est pas prévu avant au moins 2024.
- Mais il y a des exceptions intéressantes à cette moyenne. Dans les années 70 et les années 80, il y a eu des épisodes d’inflation élevée, où un pic du dollar a eu lieu, et qui seraient selon les analystes comparables à la situation que le monde connaît aujourd’hui.
« Il peut être judicieux de comparer l’expérience du milieu des années 1970 et du milieu des années 1980, lorsque l’inflation était élevée de manière similaire », indique le rapport. « Ces parallèles suggèrent qu’il n’est peut-être pas nécessaire de voir que la Fed a assoupli la politique monétaire de manière substantielle ou que l’inflation est au plus bas pour que le dollar atteigne un pic ; et qu’un pic plus précoce est possible une fois qu’il est clair que les hausses de taux américains pourraient approcher d’une pause, ou si la communication de la Fed pivote de manière crédible, même si l’activité américaine continue de ralentir. »
Goldman Sachs.
- Ainsi, dès qu’une baisse de l’inflation est en vue et que des spéculations sur une pause commencent à circuler, le dollar perdrait en valeur. Les marchés sont très volatils cette année et les cours se sont déjà emballés suite à ce type d’information, en juillet par exemple.
A l’avenir :
- La banque s’attend à ce que, dans un avenir proche, différents éléments interviennent et coupent l’élan du dollar.
« À un moment donné, au cours du premier semestre 2023, nous pourrions assister à une confluence de certains facteurs : nous pourrions avoir traversé le pire de la récession hivernale en Europe, une nouvelle direction à la Bank of Japan pourrait commencer progressivement à resserrer sa politique, et les politiques de zéro-covid de la Chine pourraient être en voie de disparition, au moment où un pic des taux américains est enfin en vue, parallèlement à une certaine modération de l’inflation américaine et du marché du travail. Mais nous n’en sommes pas encore là », continue la note.
- Certains de ces éléments peuvent en effet sembler encore loin. La Banque du Japon est particulièrement réticente à augmenter les taux d’intérêt, et joue plutôt avec des ventes de dollars ou des achats d’obligations pour calmer les cours. L’inflation n’y est pas encore si élevée que dans le reste du monde. En septembre, elle a atteint 3% en glissement annuel. Mais si l’inflation augmente fortement, et que le nouveau gouverneur de la banque qui est entré en fonction en août décide d’augmenter les taux, le yen gagnerait en force par rapport au dollar.
- Pour la Chine aussi, l’accalmie semble pour l’instant un horizon loin. Dans le discours d’ouverture du récent Congrès du Parti communiste chinois, Xi Jinping a de nouveau souligné l’importance de la politique zéro-covid.
- En Europe, un petit coup de pouce pour la monnaie commune pourrait déjà venir cette semaine. Jeudi, la BCE annoncera une nouvelle hausse des taux d’intérêt, estimée à 75 points de base. De quoi gonfler l’euro face au billet vert, jusqu’à la faire passer de l’autre côté de la parité.
Lire aussi : la magie du dollar va-t-elle s’estomper ?