Nous savons maintenant que l’inflation atteint des sommets et qu’elle avoisinera les 10 % avant fin 2022. Mais de plus en plus d’économistes préviennent que l’inflation restera élevée dans les années à venir également, ce qui place tous nos prêts, investissements et produits d’épargne sous un jour différent.
Dans les perspectives qu’il vient de publier, par exemple, le Bureau du Plan prévoit que l’inflation atteindra 9,5 % en 2022 et 5,4 % en 2023. C’est un monde très différent de celui de ces dernières années :
- – Entre 2013 et 2021, l’inflation n’a jamais dépassé 2,44 % (en 2021).
- – Certaines années, l’inflation était même inférieure à 1 %. Par exemple, l’inflation était d’à peine 0,74 % en 2020 et de seulement 0,56 % en 2015.
Une plus grande marge de manœuvre pour les débiteurs
L’inflation, comme nous le savons, est une aubaine pour les débiteurs pour deux raisons :
- Les prêts en cours commencent à peser moins lourd sur vos revenus indexés, tels que vos salaires, et éventuellement aussi sur les actifs dont le prix augmente, tels que les biens immobiliers. Le fait que ces dettes commencent à peser de moins en moins lourd en termes de pouvoir d’achat devient très palpable avec plusieurs années d’inflation élevée.
- Le taux d’intérêt réel, c’est-à-dire le taux d’intérêt moins l’inflation, devient négatif dans de nombreux cas. Par exemple, si votre taux d’intérêt hypothécaire est de 2 % et que l’inflation est de 5 %, le taux d’intérêt réel est de -3 %.
Ainsi, pour ceux qui disposent d’une marge de manœuvre financière, contracter un prêt maintenant pour effectuer un achat important peut dans certains cas être envisagé, surtout si vous pouvez négocier un taux d’intérêt relativement bas. Après tout, il y a de fortes chances que ce gros achat soit plusieurs pour cent plus cher dans un an.
En outre, il est tout à fait possible que les taux d’intérêt réels soient négatifs pendant au moins un an de toute façon, et peut-être plus. Ainsi, un prêt hypothécaire sur 20 ans avec un taux d’intérêt fixe d’environ 3,3 % reste une possibilité.
Les épargnants sont fichus
Le revers de la médaille d’une inflation élevée est qu’elle ronge nos économies. La situation actuelle est donc parfois décrite comme un impôt caché ou une confiscation. Tant que la plupart des banques maintiendront les taux d’épargne au niveau plancher de 0,11 %, les épargnants perdront une valeur substantielle de leur pouvoir d’achat. D’après le Bureau du Plan, les taux d’intérêt réels atteindront -9,39 % en 2022.
Ceux qui se détournent vers une banque de niche peuvent difficilement limiter les dégâts, puisque le taux d’épargne le plus élevé du marché est actuellement de 1,20 %, soit plus de quatre fois moins que le taux d’inflation prévu pour 2023. Rien ne permet de penser que les banques sont pressées de relever fortement leurs taux d’épargne. Il semble donc probable que le livret d’épargne classique ne sera pas non plus un produit d’épargne à valeur ajoutée en termes réels l’année prochaine.
Les produits d’épargne à intérêt fixe, tels que les obligations d’État qui rapportent au maximum 1,7 % d’intérêt, voient également leur valeur de pouvoir d’achat fondre rapidement.
(JM)